Médecin, infirmier, kinésithérapeute, chirurgien-dentiste, pharmacien, architecte… En profession libérale, votre protection en cas d’arrêt de travail ne dépend pas de la Sécurité sociale des indépendants, mais de votre caisse professionnelle : CARMF, CARPIMKO, CARCDSF, CAVP, CIPAV, CNBF.
Chaque caisse a ses propres règles. Certaines vous indemnisent pendant trois ans, d’autres ne versent plus rien après le 90e jour d’arrêt. Certaines prévoient un capital décès de 71 500 €, d’autres de 15 000 €.
Dans cet article, nous détaillons caisse par caisse ce que vous percevriez réellement en 2026 en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès. Et surtout, ce qu’il vous resterait à couvrir.
Le principe commun : la CPAM d’abord, votre caisse ensuite
Depuis le 1er juillet 2021, toutes les professions libérales (sauf les avocats) bénéficient d’un même socle pour les trois premiers mois d’arrêt :
- Jours 1 à 3 : aucune indemnité (délai de carence).
- Jours 4 à 90 : la CPAM verse 1/730e de votre revenu moyen des trois dernières années, entre 26,33 € et 197,50 € par jour en 2026.
- À partir du 91e jour : c’est votre caisse professionnelle qui prend le relais… ou pas.
C’est à partir de ce 91e jour que les écarts deviennent vertigineux.
Comparatif 2026 des principales caisses de professions libérales
| Caisse | Professions | Indemnité à partir du 91e jour | Invalidité partielle | Capital décès |
|---|---|---|---|---|
| CARMF | Médecins | 65,84 à 197,51 €/jour selon revenus | Non couverte | 71 500 € |
| CARPIMKO | Infirmiers, kinés, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues | 55,44 €/jour | 10 080 €/an (dès 66 %) | 36 288 à 54 432 € |
| CARCDSF | Chirurgiens-dentistes | 113,22 €/jour | Non couverte | 19 605 € |
| CARCDSF | Sages-femmes | 49,70 €/jour | Non couverte | 15 128 € |
| CAVEC | Experts-comptables | 130 €/jour | Proportionnelle (dès 66 %) | 72 713 à 290 850 € selon la classe |
| CNBF | Avocats | 90 €/jour | Non couverte | 50 000 € |
| CAVP | Pharmaciens | Aucune | Non couverte | 25 308 € |
| CARPV | Vétérinaires | Aucune | 8 560 à 25 680 €/an selon la classe | 37 985 à 113 955 € |
| CIPAV | Architectes, ostéopathes, psychologues, ergothérapeutes… | Aucune | Proportionnelle (dès 66 %) | 27 795 à 110 105 € |
Source : APICIL, fiches régimes obligatoires TNS 2026, mises à jour en février 2026. Montants bruts, à vérifier chaque année auprès de votre caisse.
Trois enseignements à retenir :
- Pharmaciens, vétérinaires et affiliés CIPAV n’ont plus rien après le 90e jour. Un arrêt de six mois vous laisse trois mois sans aucun revenu de remplacement.
- La plupart des caisses ne couvrent pas l’invalidité partielle. Un kiné qui ne peut plus exercer qu’à mi-temps, ou un dentiste qui perd l’usage fin d’une main, ne touche souvent rien.
- Aucune caisse ne prend en charge vos frais professionnels. Loyer du cabinet, assistante, remplaçant, emprunts : tout reste à votre charge.
CARMF : la prévoyance des médecins libéraux
La CARMF est l’une des caisses les plus protectrices… ce qui ne veut pas dire qu’elle suffit.
Arrêt de travail
À partir du 91e jour, et pendant 36 mois maximum, la CARMF verse une indemnité qui dépend de vos revenus de l’avant-dernière année :
- revenus inférieurs à 48 060 € : 65,84 € par jour ;
- revenus entre 48 060 € et 144 180 € : 1/730e de vos revenus ;
- revenus supérieurs à 144 180 € : 197,51 € par jour.
Attention : à partir de 62 ans, l’indemnité diminue dès la deuxième année d’arrêt, jusqu’à être divisée par deux.
Invalidité
La CARMF ne verse rien en cas d’invalidité partielle. En cas d’invalidité totale et définitive, la pension va de 23 662 € à 31 549 € par an selon vos revenus, avec des majorations pour enfants à charge.
Décès
Votre conjoint reçoit un capital de 71 500 € et une rente de 8 557 € à 17 114 € par an. Chaque enfant perçoit une rente de 10 078 € par an.
Exemple
Un médecin à 90 000 € de bénéfice gagne l’équivalent de 246 € par jour. En arrêt, la CPAM puis la CARMF lui versent environ 123 € par jour : la moitié de son revenu, et rien pour les charges de son cabinet.
Pour aller plus loin, consultez notre page dédiée à la prévoyance du médecin libéral.
CARPIMKO : infirmiers, kinés, orthophonistes, orthoptistes et pédicures-podologues
La CARPIMKO couvre les auxiliaires médicaux libéraux. Ses prestations sont forfaitaires : elles sont les mêmes que vous gagniez 30 000 € ou 90 000 € par an.
Arrêt de travail
À partir du 91e jour, la CARPIMKO verse 55,44 € par jour, jusqu’à la fin de la troisième année d’arrêt. Cette indemnité est majorée de 8,06 € par jour et par enfant à charge.
En cas de reprise partielle, elle est réduite à 27,72 € par jour (après trois mois au taux plein si la reprise est thérapeutique).
Invalidité
- Invalidité d’au moins 66 % : pension de 10 080 € par an.
- Invalidité totale et définitive : 20 160 € par an, plus 3 024 € par enfant à charge.
En dessous de 66 %, rien. Or un kinésithérapeute souffrant de lombalgies chroniques ou une infirmière blessée à l’épaule peut perdre une grande partie de son activité sans jamais atteindre ce seuil.
Décès
Votre conjoint reçoit un capital de 36 288 €, ou 54 432 € avec des enfants à charge, ainsi qu’une rente de 10 080 € par an. Chaque orphelin perçoit 7 560 € par an.
Exemple
Un kinésithérapeute à 60 000 € de bénéfice gagne l’équivalent de 164 € par jour. Du 4e au 90e jour, la CPAM lui verse environ 82 € par jour, puis la CARPIMKO 55,44 € : à peine un tiers de son revenu.
Le point de vigilance des auxiliaires médicaux
Les troubles musculo-squelettiques et les pathologies du dos sont les premières causes d’arrêt de ces métiers physiques. Or de nombreux contrats de prévoyance les excluent ou exigent une hospitalisation pour les indemniser. C’est le premier point à vérifier dans votre contrat.
CARCDSF et CAVP : chirurgiens-dentistes, sages-femmes et pharmaciens
Chirurgiens-dentistes (CARCDSF)
- Arrêt de travail : 113,22 € par jour à partir du 91e jour, pendant trois ans.
- Invalidité : aucune pension en cas d’invalidité partielle. En invalidité totale, 32 464 € par an, plus 9 502 € par enfant à charge.
- Décès : un capital de 19 605 €, une rente de 20 860 € par an pour le conjoint et de 14 116 € par an par orphelin.
Pour un chirurgien-dentiste, l’absence de couverture de l’invalidité partielle est la principale faille : une atteinte de la main, du dos ou de la vue peut empêcher d’exercer sans être reconnue comme une invalidité totale.
Sages-femmes (CARCDSF)
- Arrêt de travail : 49,70 € par jour à partir du 91e jour, pendant trois ans.
- Invalidité : aucune pension en cas d’invalidité partielle ; 13 729 € par an en invalidité totale.
- Décès : un capital de 15 128 €.
Pharmaciens (CAVP)
- Arrêt de travail : aucune indemnité après le 90e jour. Au-delà des trois mois de la CPAM, vous ne touchez plus rien.
- Invalidité : aucune pension en cas d’invalidité partielle ; 16 872 € par an en invalidité totale, plus des rentes pour vos enfants et votre conjoint.
- Décès : un capital de 25 308 €, complété de rentes.
Un titulaire d’officine supporte des charges élevées : salaires de l’équipe, remboursement du prêt d’acquisition, loyer. Sans garantie frais professionnels, un arrêt prolongé peut mettre la pharmacie elle-même en difficulté.
CIPAV et CNBF : ostéopathes, psychologues, architectes, avocats
CIPAV : architectes, ostéopathes, psychologues, ergothérapeutes…
La CIPAV regroupe aujourd’hui 19 professions, dont les architectes, ingénieurs-conseils, ostéopathes, psychologues, psychothérapeutes, ergothérapeutes et moniteurs de ski.
- Arrêt de travail : aucune indemnité après le 90e jour. C’est la caisse la moins protectrice en cas d’arrêt long.
- Invalidité : une pension proportionnelle au taux d’invalidité, à partir de 66 %. En invalidité totale, entre 9 265 € et 36 714 € par an selon vos revenus.
- Décès : un capital de 27 795 € à 110 105 € selon vos revenus, plus élevé en cas d’accident, et des rentes de 2 780 € à 11 014 € par an pour le conjoint et les orphelins.
Un ostéopathe ou un psychologue en arrêt pendant six mois perçoit donc trois mois d’indemnités CPAM, puis plus rien.
CNBF : les avocats
Les avocats ont un fonctionnement à part : ils ne relèvent pas de la CPAM pour les indemnités journalières.
- Jours 1 à 90 : pas d’indemnité de la CNBF. Une couverture peut exister via le contrat souscrit par votre barreau auprès de la Prévoyance des Avocats (LPA), à vérifier auprès de votre Ordre.
- À partir du 91e jour : 90 € par jour, pendant trois ans maximum.
- Invalidité : aucune pension en cas d’invalidité partielle. En invalidité totale, 9 577 € par an pour moins de 20 ans de carrière.
- Décès : un capital de 50 000 € et une rente d’environ 4 789 € par an par orphelin.
Comment compléter votre caisse : les 4 garanties à mettre en place
Une prévoyance individuelle se construit à partir de ce que verse votre caisse. Elle doit combler quatre manques.
- Des indemnités journalières qui complètent la CPAM puis votre caisse, jusqu’au 1 095e jour. Pour les pharmaciens, vétérinaires et affiliés CIPAV, la couverture à partir du 91e jour est vitale.
- Une garantie frais professionnels, qui prend en charge loyer, salaires, cotisations et emprunts pendant l’arrêt. Aucune caisse ne la propose.
- Une rente d’invalidité dès 16 % ou 33 %, calculée selon un barème professionnel. Elle comble l’absence de couverture de l’invalidité partielle par la plupart des caisses.
- Un capital décès et des rentes à la hauteur de vos engagements familiaux et de vos emprunts.
En exercice libéral, ces cotisations sont déductibles de votre bénéfice dans le cadre de la loi Madelin. Pour le détail du calcul, lisez notre article Prévoyance TNS : ce que vous toucheriez vraiment en cas d’arrêt de travail.
Questions fréquentes
Ma caisse de retraite suffit-elle à me protéger ?
Non. Même la CARMF, l’une des plus protectrices, ne remplace qu’une partie de vos revenus et ne couvre ni vos frais professionnels ni l’invalidité partielle. Pour les pharmaciens, vétérinaires et affiliés CIPAV, plus rien n’est versé après trois mois d’arrêt.
Quelle franchise choisir quand on est en profession libérale ?
Tout dépend de votre trésorerie. Comme la CPAM intervient dès le 4e jour, une franchise de 15 ou 30 jours suffit souvent. Si vous avez une épargne de précaution, une franchise de 90 jours, alignée sur le relais de votre caisse, réduit nettement la cotisation.
Comment savoir dans quelle classe je cotise ?
Votre classe de cotisation figure sur votre appel de cotisations annuel ou dans votre espace en ligne sur le site de votre caisse. Elle conditionne le montant de vos prestations à la CARMF, la CAVEC ou la CARPV.
Faut-il revoir sa prévoyance quand ses revenus augmentent ?
Oui. Les prestations des caisses sont souvent forfaitaires : quand vos revenus progressent, l’écart avec votre niveau de vie se creuse. Une révision annuelle est recommandée.
Faites le point sur ce que verse votre caisse
Chaque caisse a ses failles, et chaque contrat de prévoyance ses petites lignes. Chez Oxygène Courtage, cabinet de courtage indépendant à Saint-Étienne, nous chiffrons précisément ce que vous verserait votre caisse et nous comparons plus de 50 compagnies pour combler l’écart. L’audit est gratuit et sans engagement.
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Article rédigé par Pierre-Stéphane Gonon, courtier en protection sociale et fondateur d’Oxygène Courtage, membre du groupe Sofraco. Il accompagne depuis 2020 les professions libérales, indépendants et chefs d’entreprise de la Loire et du Rhône. Montants 2026 donnés à titre indicatif ; ils ne remplacent pas une étude personnalisée de votre situation.
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